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Introduction
La thèse de Drosnin
Le début du mensonge
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Le fond du problème
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Conclusion
 
Je me contente ici d’observer que toute prétendue découverte du type « Code Secret », dont l’ambition est d’apporter telle ou telle « révélation » extraordinaire au grand public, s’appuie toujours sur des arguments présentés comme scientifiques, et sur la caution de savants aussi brillants qu’impartiaux. Cela se fait à grand renfort de superlatifs : résultats « surprenants », méthodes « rigoureuses », « systématiques », « impossibles à remettre en cause » etc…L’histoire est encore plus belle lorsque les géniteurs de telles théories se présentent eux-mêmes comme d’abord incrédules, puis dans l’obligation de reconnaître aux Ecritures une valeur particulière, démontrée par leur propre découverte.

Dans le cas particulier du Code Secret, cette caution scientifique est apportée par les mathématiques et l’informatique. En théorie, quoi de plus objectif et de plus inattaquable ? En pratique, rien n’est moins sûr. Un triste exemple, significatif jusqu’à la caricature : l’inénarrable Samuel Morton (1799-1851). Ce médecin américain fut l’inventeur de la craniologie, science consistant à rechercher le fondement biologique d’une hiérarchie entre les groupes humains. Il se procura un grand nombre de crânes de blancs, de noirs, d’indiens, de Juifs, etc… et les remplit de billes, pour ensuite compter ces billes, et mesurer ainsi la contenance moyenne de ces crânes. Les résultats attribuèrent aux blancs une « capacité cérébrale » supérieure à celle des Asiatiques, eux-mêmes dotés d’un cerveau plus imposant que celui des Juifs, les indiens et les noirs fermant la liste. Le lecteur jugera : qu’y a-t-il de plus simple, de plus « mathématique » que de compter des billes, et de calculer des moyennes ? Et cette andouille diplômée a trouvé le moyen de faire vomir à ses calculs la justification d’une thèse particulièrement ignoble ! Il fut bien sûr démontré par la suite que Morton avait trafiqué les résultats en éliminant de ses analyses les échantillons qu’il estimait « peu représentatifs ». L’élément troublant est ici qu’il l’a sans doute fait inconsciemment, et qu’il était vraisemblablement lui-même convaincu de la justesse de sa thèse. C’est sans doute là l’essentiel : Morton voulait obtenir ce résultat. Ses préjugés racistes ont fait le reste.

Le rapport avec le « Code Secret » ? Chacune des démonstrations de Drosnin repose sur le même scénario : 1. Survenance d’une événement, 2. Recherche des mots correspondants dans la Bible à l’aide du code, 3. Découverte des mots recherchés… La parenté intellectuelle (si j’ose dire) avec Morton me paraît ici assez patente : il s’agit d’un superbe exemple de pensée circulaire. Je reconnais néanmoins qu’il me serait difficile de démontrer par « a + b » que Rips, consciemment ou inconsciemment, a trafiqué ses travaux. Je ne suis pas mathématicien et ici, il ne s’agit plus d’aligner des crânes et de compter des billes (en fait, je pense avoir des raisons bibliques de rejeter ces conclusions, mais nous y reviendrons). Je me contente de relever les faits suivants.

En premier lieu, la validité de la méthode employée est loin d’être reconnue de tous. J’encourage le lecteur à « surfer » sur internet et à taper les mots « Code Secret Biblique » ou « Drosnin ». Apparaîtront d’innombrables références de sites, et quasiment autant d’opinions, favorables ou défavorables au Code Secret. Pour chaque affirmation d’irréfutabilité, on trouvera aisément l’affirmation du contraire. J’avoue bien sûr que les secondes me paraissent largement plus convaincantes.

La plus parlante (et la plus amusante) des réfutations fut faite par des mathématiciens répondant à un défi lancé par Drosnin : « Trouvez l’annonce de l’assassinat d’un personnage célèbre dans Moby Dick, et je suis prêt à admettre que la méthode est faillible ». Il fut pris au pied de la lettre : les matheux en question, en appliquant la méthode des ELS à Moby Dick (ouvrage qui, du moins à ma connaissance, n’a jamais prétendu au statut de révélation divine) y ont lu clairement l’annonce des assassinats de Kennedy et d’une foultitude d’autres personnages célèbres… Comprenons bien : les chercheurs en question ne prétendent pas avoir découvert un autre Code Secret. Ils prétendent par contre avoir démontré par l’absurde que la méthode des ELS peut faire cracher n’importe quoi à n’importe quel document écrit suffisamment long. Il suffit pour cela de s’armer de patience, et d’orienter un peu les résultats. Je ne peux m’empêcher de noter ici que Drosnin (voir l’interview ci-dessus) avoue ingénument que s’il n’a pas pu prévoir avec précision les évènements du 11 septembre, c’est parce qu’il n’a pas pensé à chercher le mot « avions » dans la Bible (jusqu’à ce jour l’idée ne m’avait pas effleuré non plus). Il paraît qu’il y apparaît clairement…lorsqu’on l’y cherche avec un peu de conviction (notons que Panin ne fait rien d’autre en alimentant son programme avec les mots qu’il désire trouver).

Dans le même ordre d’idée, j’encourage le lecteur à faire un tour sur le site www.jura.ch/lcp/madimu, accessible directement, ou indirectement en tapant « Dénombrement Code Secret ». Il s’agit du site fort bien conçu d’un lycée, permettant entre autres aux étudiants de prendre des cours de maths en ligne. Il s’y trouve tout un chapitre consacré à la théorie des probabilités. Rien de polémique là-dedans : c’est l’extrait d’un manuel de mathématiques, rien d’autre… si ce n’est qu’il s’y trouve un paragraphe amusé consacré à la théorie du Code Secret. L’auteur du manuel se contente de rappeler le théorème de Borel relatif aux « Suites Equiréparties » (j’imagine qu’il s’agit là de la traduction française des fameuses equidistant letter sequences déjà citées), qui démontre qu’en prenant un grand nombre de combinaisons de lettres, on tombe forcément sur des mots connus. En gros, appliquez la méthode à « Crime et Châtiment » de Tolstoï, et vous y trouverez tôt ou tard la formule du Coca-Cola (pourtant jalousement gardée par ses inventeurs) ou la recette du clafoutis aux cerises. Plaisanterie mise à part, la conclusion de ce passage à l’humour corrosif est plutôt attristante : l’auteur termine en refusant à la Bible toute valeur prophétique. Elle est à ses yeux complètement discréditée par le canular de Drosnin.

le code secret: du bidon
24/06/03