En fouinant davantage dans Internet, je me suis aperçu que Drosnin et Rips n’étaient pas les seuls à avancer une telle thèse. En tapant « phénomènes codes numériques bible » l’internaute trouvera une page consacrée au mathématicien (ou se présentant comme tel) Ivan Panin qui, lui, s’est apparemment attaqué au Nouveau Testament. Voici quelques extraits de la page Internet en question :Début de citation : « Un mot de base est introduit dans l'ordinateur qui indique s'il est mentionné, combien de fois et selon quelle fréquence il est décelé. Une fois le mot trouvé, le sens du texte dans lequel il se révèle donne un sens supplémentaire. Des mots satellites s'accrochent au mot de base et de nouvelles recherches peuvent être effectuées pour affiner les résultats et obtenir des données supplémentaires. Une nouvelle série se dégage ainsi dans le voisinage ou mêlé au premier mot qui avait servi de moteur de recherche ! En procédant à une division des tableaux dégagés, on découvre de nouveaux mots satellites, lisibles dans toutes les directions même en diagonale, qui enrichissent la recherche de précisions supplémentaires.
Sur un autre plan, il est très utile de souligner combien nous sommes redevables du soin et de l'intégrité avec lesquels les Saintes Ecritures nous ont été transmises, de génération en génération, par les scribes Juifs qui les ont recopiées et dupliquées en toute fidélité par rapport à leurs supports originaux. Cette retranscription manuelle obéissait à des lois extrêmement strictes et contraignantes, énoncées dans le " Talmud " dont nous pouvons difficilement imaginer la minutie et le degré d'exigence. La taille, la forme de chacun des caractères, les différentiations orthographiques pour un même mot, devaient être respectées et un seul manquement à l'une de ces règles suffisait à rendre impur et sans valeur le texte recopié. Rambam , un rabbin, a codifié ces contraintes en quelques 20 règles. Les lettres hébraïques comportent des traits, les " téamim " et il est bon de rappeler les paroles de Jésus qui, nous le verrons, attesteront le bien fondé de cette prophétie :
" [...] Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé ". (Mt 5/18)
Les derniers versets du livre de l'Apocalypse énoncent un commandement sans équivoque possible sur la nécessité de transmettre les textes originaux dans toute leur exactitude :
" [...] Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre ". (Apoc. 22/18-19) » Fin de citation.
L’auteur des lignes ci-dessus délivre clairement son interprétation de Apocalypse 22/18 : le commandement de ne pas toucher à l’intégrité de la Parole est justifiée par l’impossibilité qui s’ensuivrait de comprendre ses messages codés. Idem pour Matthieu 5/18 : l’allusion aux « traits de lettre » serait une référence littérale aux caractères d’origine, agencés mathématiquement. Nous reviendrons sur la loufoquerie de ces arguments, qui donnent l’occasion à leurs auteurs d’avancer la thèse suivante : si les Pharisiens ont refusé d’accepter Jésus comme Sauveur du monde, c’est qu’ils n’ont pas su calculer sa venue (comprendre : la décoder, dans les messages chiffrés de l’ancien Testament).
Le début du mensonge : l’habillage scientifique
La recette est invariable. Et, apparemment, toujours aussi efficace. Rips est bien sûr un « mathématicien de réputation mondiale » (je ne sais rien de sa notoriété antérieure aux écrits de Drosnin, mais une brève recherche sur Internet démontre rapidement que la notoriété actuelle de Rips provient uniquement du Code Secret). D’une façon plus anecdotique, évoquons le livre d’un dénommé Gérard Charton (dont j’ai découvert l’existence dans une publicité Internet) qui reprendrait une part substantielle de l’argumentaire du Code Secret : ce monsieur se présente lui-même comme ancien cadre de l’industrie informatique, et pasteur (dans cet ordre, montrant ainsi qu’il accorde apparemment davantage de légitimité au premier titre qu’au second pour justifier sa thèse). Cerise sur le gâteau : l’internaute qui tape « QORAN CIRS » pourra parcourir avec enthousiasme une page consacrée à l’ingéniosité mathématique qui ordonne le Qoran, preuve indiscutable de son origine divine. Découverte bien sûr validée par un mystérieux « Centre International de Recherche Scientifique » (sans doute un club d’anciens prix Nobel désireux de garder l’anonymat ?). Passons rapidement sur les groupes sectaires reconnus comme dangereux, tels les Raëliens (se référer au raffut médiatique récent qu’ils provoquèrent avec l’histoire du clonage humain, bien évidemment réalisé par des scientifiques de génie) ou les Scientologues, dont le nom parle de lui-même. La liste serait fastidieuse, arrêtons là.